“En Belgique, il n’y a absolument aucun potentiel pour exploiter des terres rares”

Anouk Borst, géologue à la KU Leuven

La demande de métaux critiques tels que le lithium, le cobalt et les terres rares explose. Ils sont indispensables pour les véhicules électriques, les éoliennes et les batteries. Pourtant, en la matière, l’Europe dépend toujours massivement de ses importations. “Beaucoup de gens s’opposent à toute activité minière près de chez eux”, souligne Anouk Borst, géologue à la KU Leuven.

Il existe bien des gisements de métaux critiques en Europe, notamment de lithium, de cuivre et de cobalt. Mais cela suffira-t-il à réduire notre dépendance vis-à-vis des autres continents? “Je ne le pense pas”, répond Anouk Borst.

Géologue à la KU Leuven et collaboratrice du musée royal de l’Afrique centrale, elle étudie des gisements partout dans le monde. “Les projets se heurtent toujours aux mêmes obstacles, et c’est presque toujours l’opinion publique.”

“En Serbie, les réserves de lithium sont immenses, mais l’opposition est farouche”, observe-t-elle. La peur, la méfiance et une bonne part de désinformation sur l’impact environnemental alimentent ce rejet. Au Portugal, le mot “lithium” est presque devenu toxique. “Les gens l’associent immédiatement à la pollution, ce qui n’est pas toujours fondé. Avec des technologies adéquates et des mesures environnementales strictes, l’extraction peut se faire de manière durable.”

Avec des technologies européennes innovantes et des normes strictes, il peut être plus efficace de développer des projets miniers dans d’autres régions du monde.

Anouk Borst, géologue à la KU Leuven

Mines belges

Parfois, l’idée d’exploiter à nouveau des ressources en Belgique refait surface. Georges-Louis Bouchez, président du MR, a récemment suggéré de rouvrir d’anciennes mines wallonnes.

Anouk Borst nuance fortement cette piste. “En Belgique, il n’y a absolument aucun potentiel pour les terres rares. Pour les phosphates, oui, mais c’est autre chose. Historiquement, nous avions surtout des mines de charbon, ainsi qu’un peu de zinc et de plomb. Compte tenu des faibles concentrations et de la levée de boucliers prévisible, ce serait une mauvaise décision d’investissement.”

Regarder au-delà des frontières

Selon Anouk Borst, l’Europe doit avant tout coopérer et identifier les zones où l’exploitation a réellement du sens. “Il faut cibler les régions géologiquement favorables au sein de l’UE et investir dans des gisements dont la minéralogie autorise une extraction économiquement viable.”

Dans certains cas, il est tout simplement plus pertinent d’investir dans une extraction durable en dehors de l’Europe, notamment en Afrique et en Amérique du Sud. “Avec des technologies européennes innovantes et des normes environnementales strictes, il peut être plus judicieux de développer des projets dans d’autres régions du monde que de creuser dans des sites européens peu prometteurs”, confirme la spécialiste.

Les coupes budgétaires dans les formations en sciences de la Terre menacent la disponibilité d’experts. Or, sans expertise, les projets ne dépassent pas le stade des bonnes intentions.

Anouk Borst, géologue à la KU Leuven

Miser sur la circularité

Avec le Critical Raw Materials Act, l’UE veut transformer d’ici à 2030 au moins 40% des métaux critiques elle-même et en produire 10%. “C’est une décision sensée”, estime Anouk Borst. “Mais il y a aussi énormément de potentiel dans le reste de la chaîne: le traitement et le recyclage.”

Les produits doivent être conçus pour être plus facilement démontés et réutilisés. “Aujourd’hui, trop de métaux précieux finissent à la décharge parce que les composants sont collés ou inaccessibles. Cela doit changer.”

Innovation et expertise

Autre point essentiel: l’innovation. “Nous devons développer de nouveaux produits moins dépendants de certains métaux. Pas complètement indépendants, mais davantage. Souvent, la technologie existe déjà, mais il manque les financements pour la déployer. C’est là que les politiques publiques peuvent faire la différence.”

Anouk Borst insiste enfin sur un problème rarement évoqué: la pénurie de géologues et d’ingénieurs qualifiés. “Les formations coûteuses, comme les sciences de la Terre, sont partout menacées. À Amsterdam, on envisage même de supprimer complètement le cursus! Alors que nous avons précisément besoin d’experts pour exploiter les ressources de manière responsable. Sans expertise, tout plan reste au stade des bonnes intentions.”