Le modèle RH finlandais conquiert la Belgique

Liese Hennus, Director of People & Culture chez Solita Belgium

Soutenir les employés lors d’un déménagement, d’un membre de la famille malade ou même d’une rupture: l’entreprise technologique finlandaise Solita met en œuvre une politique RH durable tout à fait unique dans ses bureaux de Louvain et de Gand. Est-ce l’avenir du travail? Ou y a-t-il un revers à cette approche? Aux yeux du psychologue du travail Tom Dijckmans et de Liese Hennus (Solita Belgium), “cela ne va clairement pas de soi”.

En Finlande, travail et vie privée s’entremêlent de manière fluide et flexible. Une culture adoptée par l’entreprise de technologie et de données Solita dans ses filiales en Belgique. Un enfant malade, pas de garderie, une machine à laver en panne? Aucun problème, les employés n’ont pas besoin de demander un congé. La confiance mutuelle et la concertation avec le client suffisent pour trouver une solution.

“Nous pensons que chaque employeur a un rôle sociétal à jouer”, déclare Liese Hennus, Director of People & Culture chez Solita Belgium. “Nos employés doivent se sentir soutenus, dans leur travail comme dans leur vie.”

Outre cette flexibilité, Solita offre un support pour une variété de défis personnels par le biais d’une plateforme numérique. Pensez à des entretiens avec des psychologues, une aide pour le stress ou un programme d’accompagnement pour ceux qui souffrent de problèmes liés au sommeil ou à une rupture amoureuse.

Un taux d’absentéisme de seulement 1,4%

De plus, chaque employé dispose d’un People Lead, qui guide sa croissance professionnelle et écoute activement ses besoins personnels. De nombreuses entreprises offrent aujourd’hui des options de travail flexibles, mais le degré atteint par Solita en la matière est exceptionnel.

“Je n’avais pas encore rencontré cela sous une forme aussi extrême en Belgique”, déclare Tom Dijckmans, psychologue du travail indépendant. Le résultat? Un taux d’absentéisme remarquablement bas de 1,4%, alors que la moyenne belge oscille entre 8 et 15%.

Nous ne sommes pas confrontés à des maladies de longue durée ou à des taux de rotation élevés.

Liese Hennus, Director of People & Culture chez Solita Belgium

“Nous ne sommes pas confrontés à des maladies de longue durée ou à des taux de rotation élevés”, déclare Liese Hennus. “Des employés satisfaits restent plus longtemps, se déclarent moins souvent malades et sont plus productifs.”

“Il convient toutefois de nuancer ce pourcentage”, précise Tom Dijckmans. “Les petites entreprises (Solita Belgium emploie 71 personnes, NDLR) ont toujours des scores plus bas, tandis que les grandes organisations avec des milliers d’employés présentent un absentéisme nettement plus élevé.”

La flexibilité va dans les deux sens

En contrepartie de cette flexibilité, Solita attend une certaine dose de responsabilité de ses employés. “La flexibilité offerte semble attrayante mais elle s’accompagne d’une condition importante: quoi qu’il arrive, le travail doit être effectué à un autre moment”, avertit Tom Dijckmans. “Ce modèle fonctionne particulièrement bien pour les employés très disciplinés et qui savent gérer leur liberté.”

Les nouveaux employés chez Solita ne sont donc pas seulement évalués sur leurs compétences techniques, mais aussi sur leur adéquation avec la culture d’entreprise. “Les compétences techniques peuvent être acquises, mais l’adéquation culturelle doit être naturelle”, souligne Liese Hennus.

Pas applicable dans toutes les entreprises

Ce modèle n’est pas applicable partout. “Dans une entreprise informatique, où les délais peuvent être flexibles, cela fonctionne”, illustre Tom Dijckmans. “Mais dans un supermarché, où la continuité est indispensable, c’est impossible. Vous ne pouvez pas fermer trois caisses parce que les employés déterminent eux-mêmes leurs horaires de travail.”

Ce modèle fonctionne particulièrement bien pour les employés très disciplinés et qui savent gérer leur liberté.

Tom Dijckmans, psychologue du travail indépendant

Des facteurs financiers entrent également en jeu. “Les entreprises dotées de fortes marges bénéficiaires peuvent se permettre cette flexibilité. Dans les secteurs où les marges sont faibles, c’est beaucoup plus difficile.”

Liese Hennus croit néanmoins que chaque organisation peut avancer sur cette voie. “Indépendamment des règles et des structures, tout employeur peut réfléchir davantage avec ses employés. Cette prise de conscience est cruciale.”

Mesures de satisfaction

Pour rester au fait de l’expérience de travail des employés et pouvoir réagir très vite aux éventuels problèmes, Solita réalise une enquête de satisfaction toutes les trois semaines. “Bien qu’un rythme de trois semaines puisse être trop court pour découvrir de véritables tendances de fond, cela autorise effectivement un ajustement rapide”, analyse Tom Dijckmans.

En Finlande, Solita a été récompensée l’année dernière par un Family Friendliness Award. Et cette approche centrée sur l’humain a pris résolument pied en Belgique.