Il y a un an, la Belgique adoptait une législation révolutionnaire sur l’ergonomie au travail. Où en sont les entreprises aujourd’hui ? “Cette obligation n’est pas encore perçue avec la même intensité partout”, observe Wouter Govaert, expert en ergonomie chez Mensura.
Avec cette législation, la Belgique a été le premier – et reste à ce jour le seul – pays européen à accorder autant d’importance à la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS) qu’à d’autres risques pour la santé, tels que l’exposition à des substances cancérigènes. Ces troubles regroupent notamment l’arthrose, le rhumatisme, la tendinite ou encore les douleurs dorsales.
La nécessité d’une politique structurelle en matière d’ergonomie ne sort pas de nulle part. Aujourd’hui, un tiers des absences de longue durée au travail sont liées à des troubles musculosquelettiques. “Et le nombre de dossiers d’invalidité liés à ces troubles a été multiplié par 2,5 ces cinq dernières années”, indique Wouter Govaert, conseiller en ergonomie chez Mensura.
Ce que dit la loi
La nouvelle réglementation impose d’intégrer l’ergonomie dès la conception, l’aménagement et toute modification des postes de travail. En outre, une analyse des risques liés à la charge physique est obligatoire afin de pouvoir prendre les mesures appropriées.
Cette obligation n’est pas totalement nouvelle, mais elle s’applique désormais à l’ensemble des risques ergonomiques, et non plus uniquement au travail sur écran, à la manutention manuelle de charges ou au travail en position debout.
Les troubles musculosquelettiques sont à l’origine d’un tiers des absences de longue durée au travail.
Wouter Govaert, conseiller en ergonomie chez Mensura
“À chaque nouveau projet ou modification d’un poste, l’ergonomie doit désormais être prise en compte”, précise Govaert. “C’est une bonne chose, car l’impact des conseils ergonomiques est alors maximal.”
En l’absence d’expertise suffisante en interne, l’entreprise doit faire appel à un expert externe en ergonomie. Ces obligations s’appliquent à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Govaert insiste : l’objectif fondamental de l’ergonomie est d’adapter le poste de travail à l’être humain – et non l’inverse.
Des questions nombreuses, mais une mise en œuvre lente
Un an après l’entrée en vigueur de la loi, la mise en œuvre reste balbutiante dans de nombreuses entreprises. “L’impact reste limité. Beaucoup d’entreprises sont sensibilisées, mais peinent à passer de l’intention à l’action concrète”, explique Govaert.
Mensura est régulièrement sollicitée par des employeurs pour les accompagner dans l’exécution des analyses de risques, que ce soit pour des postes administratifs ou pour des fonctions physiquement exigeantes. “Ils nous demandent des conseils pour concevoir et aménager des postes ergonomiques, mais aussi un accompagnement pour ancrer l’ergonomie dans leur politique de bien-être, par exemple via l’élaboration de plans annuels.”
La différence fondamentale par rapport à l’année passée ? L’ergonomie n’est plus une recommandation facultative, mais un pilier obligatoire de la politique de bien-être au travail. “Certaines entreprises ne bougent qu’après un contrôle de l’inspection. Le SPF Contrôle du bien-être au travail effectue des visites. En général, une mise en garde est donnée dans un premier temps. Mais en l’absence d’amélioration lors d’un contrôle ultérieur, des amendes peuvent tomber.”