Dans une société où acheter, utiliser et jeter a longtemps été la norme, l’économie circulaire offre une alternative nécessaire. Tel était le message principal de Power of ESG, un événement récent durant lequel ESG District, KPMG et BNP Paribas Fortis ont examiné si l’entrepreneuriat circulaire était rentable financièrement.
L’événement Power of ESG à Bruxelles a débuté par une exclusivité: Carine Vaeremans, CEO de Profacts, a présenté en primeur les résultats de l’ESG District Survey 2025. Cette étude s’attache à la façon dont les entreprises belges adaptent leur stratégie ESG à une réalité économique, sociale et géopolitique en évolution rapide.
“Les dirigeants d’entreprise reconnaissent que l’ESG est important, mais pour beaucoup, ce n’est pas une priorité absolue”, déclare Carine Vaeremans. “Quelque 60% d’entre eux se situent à mi-chemin: ils trouvent l’ESG pertinent, mais n’agissent pas encore fortement dans ce sens.”
Les entreprises belges qui s’engagent dans cette voie mettent principalement l’accent sur le “E” de l’ESG: l’environnement. “Ils sont 62% à miser activement sur le recyclage, qui précède les mesures d’efficacité énergétique, l’utilisation optimale des ressources et la réduction des émissions de CO₂. En nous concentrant sur l’économie circulaire, il s’avère que 36% des entreprises y travaillent actuellement, et que 39% prévoient des initiatives circulaires l’année prochaine.”

Des milliards d’économies potentielles
Sara Cherifi, Senior Sustainability Advisor chez KPMG, a ensuite présenté une chronologie frappante, montrant que de nombreuses ressources naturelles stratégiques seront épuisées en une génération. “Le monde n’est aujourd’hui circulaire qu’à hauteur de 7%. À peine une fraction de l’ensemble des matériaux est recyclée. Pourtant, l’économie circulaire affiche un grand potentiel économique. En adoptant des pratiques circulaires, nous pouvons économiser des milliards d’euros et créer des millions d’emplois.”
Malgré ces avantages, l’économie circulaire demeure gravement sous-financée. Selon le Circularity Gap Report Finance de Circle Economy et KPMG, seuls 2% des investissements mondiaux sont destinés à des projets circulaires, principalement vers le recyclage classique. “Les véritables solutions innovantes comme l’écodesign reçoivent à peine des fonds, alors qu’elles peuvent avoir l’impact positif le plus important.”
“Valley of death”
Cela crée chez nous la même réalité que dans le reste du monde: ce que l’on appelle la “valley of death”. Les start-up trouvent un financement pour une preuve de concept, mais trébuchent dès qu’elles veulent passer à l’échelle supérieure. Brigitte Mouligneau, Transition Manager chez Circular Flanders, confirme: “L’économie circulaire est principalement financée par d’autres entreprises, des business angels, ou même la famille et les amis. C’est intenable. Nous avons besoin du secteur financier officiel pour passer à la vitesse supérieure.”

Afin d’abattre ces barrières, Circular Flanders travaille avec des banques et des investisseurs au sein d’un groupe d’experts sur le financement circulaire. Ce groupe aide à adapter les modèles de risque aux business models circulaires, qui diffèrent fréquemment des modèles classiques. “Nous devons donner aux banques les outils adéquats pour évaluer correctement les risques circulaires”, résume Brigitte Mouligneau.
Bloquer ou passer à l’échelle
Cependant, il existe aujourd’hui des entreprises qui montrent que les business models circulaires fonctionnent, bien qu’elles doivent encore trop souvent prouver leur valeur pour obtenir un financement. Prenez Triple Helix, une scale-up qui a développé une méthode pour transformer le polyuréthane en produits réutilisables pour le secteur chimique.
Triple Helix a démarré avec des fonds provenant d’amis et de la famille et fini par réunir environ 8 millions d’euros en capital d’amorçage et en subventions. D’autres flux financiers sont plus difficiles à obtenir. “Le private equity intervient généralement plus tard, le capital-risque en Belgique est limité, et le venture capital international fait de la taille limitée de notre marché domestique un argument pour ne pas investir en Flandre”, avance Steven Peleman, fondateur de l’entreprise. “Par conséquent, des technologies prometteuses risquent de se retrouver bloquées avant de pouvoir passer à l’échelle.”
Renforcer la résilience
“À nos yeux, l’économie circulaire est bien un pilier stratégique pour l’avenir”, enchaîne Emmanuelle Bru, Head of Circular Economy chez BNP Paribas. “Indispensable pour atteindre les objectifs climatiques et environnementaux, elle renforce la résilience des entreprises et crée de nouvelles opportunités économiques.”
BNP Paribas travaille depuis 2017 avec une approche spécifique de l’économie circulaire, construite autour de divers business models circulaires. “Un cadre unifié donne aux clients la clarté nécessaire et nous permet de financer différents modèles circulaires à partir de notre écosystème de lignes de métier et de partenaires.”

Cela peut inclure des investissements dans des start-up, mais aussi des crédits pour des produits d’occasion voire des solutions d’investissement, comme un fonds axé sur l’économie circulaire. Le financement des modèles circulaires se fait notamment par le biais de prêts liés à des objectifs de durabilité.
Solutions circulaires
L’événement Power of ESG s’est terminé par deux études de cas. Avec l’ouverture de sa nouvelle usine de recyclage chimique à Anvers, Indaver Plastic2Chemicals a accompli un grand pas vers une chaîne de plastique circulaire. “Notre installation transforme les déchets plastiques mixtes en matières premières de haute qualité”, souligne Erik Moerman, Director Sales & Development. “La chimie n’est pas le problème, mais une partie essentielle de la solution.” D’ici à 2040, Indaver Plastic2Chemicals souhaite pouvoir recycler chimiquement un million de tonnes de déchets plastiques par an.
Quant à A.S.Adventure, l’entreprise s’engage à rendre la chaîne textile circulaire, a conclu Claudia Verswyver, Sustainability Lead au sein de l’entreprise et Sustainability Professional of the Year 2025. “Nous ne vendons pas seulement de nouveaux produits: nous promouvons leur location, leur réparation et leur réutilisation. Notre service de réparation Care & Repair prolonge la durée de vie des équipements de plein air, et nos clients peuvent depuis cet automne acheter des vêtements et du matériel d’occasion chez nous.”