La nouvelle législation européenne sur le climat va faire flamber le prix des carburants fossiles

Tim Vancouillie, fondateur d'E-luse

À partir de 2027, les ménages et les entreprises de l’Union européenne verront les prix du diesel, de l’essence et du gaz naturel augmenter significativement. Cela est dû à l’ETS2, une extension du système européen d’échange de quotas d’émission, qui rendra tous les combustibles fossiles plus coûteux. “Le prix du diesel et du gaz naturel pourrait flamber d’au moins 10%”, avertit Tim Vancouillie, expert en énergie.

Jusqu’à présent, le système européen d’échange de quotas d’émission (ETS1) ne s’appliquait qu’aux producteurs d’énergie, au secteur de l’aviation et aux grandes industries. Avec l’ETS2, l’Europe étend cette réglementation à tous les combustibles fossiles non encore couverts par le système existant.

Cela concerne notamment le diesel, l’essence, le GPL, le mazout et le gaz naturel. “Cela entraînera inévitablement des prix plus élevés à la pompe et se ressentira sur la facture énergétique”, prévient Tim Vancouillie, fondateur du cabinet de conseil en durabilité E-luse.

À ses yeux, l’augmentation de prix prévue – d’environ 10% – pourrait même être une estimation… prudente. “Sur les marchés financiers, on voit déjà des droits d’émission pour les fournisseurs de carburant échangés à 75 euros par tonne de CO₂, alors que l’Europe visait initialement un plafond de 45 euros. Si cette tendance se poursuit, l’impact pourrait être encore plus lourd!”

Reporting et coûts

L’obligation de reporting et de soumission des droits d’émission ne repose pas sur les utilisateurs finaux, mais sur les fournisseurs de carburant. Cependant, les utilisateurs ne seront pas épargnés, souligne Tim Vancouillie: “Les fournisseurs de carburant répercuteront simplement les coûts supplémentaires sur le client final.”

Les fournisseurs de carburant répercuteront simplement les coûts supplémentaires de reporting sur le client final.

Tim Vancouillie, fondateur d’E-luse

L’augmentation des prix vise également à encourager un changement de comportement: en rendant les combustibles fossiles plus chers, la différence de coût avec l’électricité diminue. “De façon générale, l’énergie fossile reste trop bon marché par rapport aux alternatives durables, ce qui freine la transition vers, par exemple, les pompes à chaleur et les véhicules électriques.”

Quel impact sur la logistique et le transport?

Pour le transport et la logistique, l’ETS2 représente un défi de taille. Ce secteur dépend encore fortement des combustibles fossiles, tandis que l’électrification du transport de marchandises n’en est qu’à ses débuts. En outre, cette transition exige des investissements dans les infrastructures, comme les points de recharge.

“Pour les entreprises de transport, cela constitue une tâche immense”, avance Tim Vancouillie. “Il est probable que certaines entreprises optent plus souvent pour un changement modal, avec davantage de transport de marchandises par rail ou par voie navigable. Des secteurs où la durabilité progresse plus rapidement.”

Compensation sociale

Il existe aussi un volet social associé à l’ETS2. Une partie des revenus du nouveau système est directement versée au Fonds social pour le climat. Cela doit permettre aux ménages vulnérables de recevoir un soutien supplémentaire pour isoler leur logement ou investir dans des pompes à chaleur.

L’énergie fossile reste trop bon marché, ce qui freine la transition vers les pompes à chaleur et les véhicules électriques.

Tim Vancouillie, fondateur d’E-luse

Des mesures de soutien ont été adoptées pour les entreprises. “On peut citer les programmes chez VLAIO, qui remboursent jusqu’à 85% des coûts pour les études de durabilité. Ce soutien est indispensable, surtout pour les PME, qui n’ont pour la plupart ni les moyens ni l’expertise nécessaires pour démarrer seules de tels projets.”

Selon lui, les calculs deviennent en effet de plus en plus complexes, avec plusieurs scénarios et variables à prendre en compte.

Prévenir les fuites de carbone

Un point d’attention majeur reste le risque de “fuite de carbone”, avec des entreprises qui déplacent leur production vers des pays présentant des règles climatiques moins strictes afin d’économiser sur les coûts d’émission. Cela compromet les objectifs climatiques et nuit à l’économie européenne.

“L’Europe tente de contrer cela par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui garantit que les produits importés sont taxés en fonction de leurs émissions de CO₂”, complète Tim Vancouillie. “Ainsi, les entreprises européennes qui produisent ici conservent leur compétitivité.”