Selon une étude de SD Worx, quatre travailleurs belges sur dix peuvent travailler à temps partiel ou complet depuis leur domicile. La Belgique figure ainsi dans le top 5 européen du télétravail. Cette position contraste fortement avec les appels de plus en plus insistants des employeurs à revenir davantage au bureau.
Seuls le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Irlande et la Finlande comptent une proportion de télétravailleurs plus élevée qu’en Belgique. Pourquoi le télétravail est-il si répandu dans notre pays?
“Chez nous, le télétravail est encadré de façon assez stricte”, avance Katleen Jacobs, Business Manager Explore & Innovate chez SD Worx. “Il existe un cadre légal, et les travailleurs reçoivent souvent une indemnité de télétravail. Sans oublier la question de la mobilité: les longues files et la circulation intense entre le lieu de travail et le domicile augmentent logiquement l’attrait du télétravail.”
L’évolution de la culture du travail joue aussi un rôle en la matière. Depuis la période du Covid, les travailleurs envisagent différemment l’articulation entre vie professionnelle et vie privée. “Les gens ont organisé leur vie autour de cette flexibilité. On le voit par exemple à la sortie des écoles: les parents rentrent plus tôt qu’il y a quelques années.”
Retour au bureau
Les entreprises portent quant à elles un regard plus critique sur le télétravail, constate encore SD Worx. Katleen Jacobs y voit plusieurs raisons. “De nombreuses entreprises veulent renforcer les liens entre leurs salariés. Or, la collaboration à distance se révèle parfois difficile.”
De nombreuses entreprises veulent renforcer les liens entre leurs salariés. Or, la collaboration à distance s’avère parfois difficile.
Katleen Jacobs, Business Manager Explore & Innovate chez SD Worx
Le contrôle et la confiance entrent également en ligne de compte. “Certains dirigeants continuent d’accorder une grande importance à la présence physique sur le lieu de travail plutôt qu’aux tâches accomplies et aux résultats.”
Pour autant, Katleen Jacobs ne s’attend pas à la disparition complète du télétravail. “Je ne pense pas que toutes les entreprises feront à nouveau revenir tout le monde au bureau à temps plein. En revanche, beaucoup d’organisations cherchent bel et bien un nouvel équilibre.”
Le débat sur le télétravail comporte une dimension écologique, surtout dans le contexte actuel de crise énergétique. Moins de trajets domicile-lieu de travail, cela signifie moins d’embouteillages, moins d’émissions et une consommation de carburant plus faible.
Katleen Jacobs tient cependant à nuancer le propos: la réalité est plus complexe que la seule réduction du nombre de voitures sur les routes. “Les gens consomment de l’énergie chez eux pour l’éclairage, les ordinateurs et le chauffage ou la climatisation de leur logement. Ceci étant dit, la baisse du trafic reste évidemment positive pour l’environnement et la sécurité routière.”
Une flexibilité devenue un acquis
Il n’existe pas de formule universelle pour le télétravail, insiste-t-elle. “Les entreprises doivent commencer par analyser ce qui fonctionne bien et où se situent les points de friction. Si une personne travaille seule toute la journée avec un casque sur les oreilles, répond à des e-mails et mène ses projets de manière autonome, doit-elle être présente au bureau? Les travailleurs considèrent aujourd’hui le télétravail comme un acquis de flexibilité. Si vous voulez le limiter, vous devez expliquer clairement pourquoi.”
Il peut y avoir une pénurie de postes de travail, tandis qu’à d’autres moments, les bureaux sont presque vides.
Katleen Jacobs, Business Manager Explore & Innovate chez SD Worx
Entre-temps, la généralisation du travail hybride a des conséquences sur les bureaux eux-mêmes. De nombreuses entreprises ont déménagé dans des bureaux plus petits, ces dernières années, parce que les travailleurs étaient moins présents. Cela rend un retour complet au bureau peu évident. “Certaines entreprises disposent tout simplement de moins de place qu’auparavant. Il peut y avoir une pénurie de postes de travail, tandis qu’à d’autres moments, les bureaux sont presque vides.”
Pour les entreprises, il est donc de plus en plus difficile de trouver le juste équilibre entre télétravail et présence physique. D’autant que les travailleurs choisissent souvent les mêmes jours pour travailler à domicile, par exemple le mercredi ou le vendredi. “Le plus important sera de trouver un équilibre”, conclut Katleen Jacobs. “Les entreprises doivent continuer à évaluer ce qui fonctionne pour leur organisation et pour leurs collaborateurs.”